Le collier d’Hélène (Jérusalem)

Création 2008

Pièce de Carole Fréchette                                                                                                   Mise en scène Nabil El Azan                                                                                      Assistante à la mise en scène : Georgina Asfour                                                       Musique originale : Habib Schéhadé
Scénographie : Cécile Léna
Lumières : Ramzi Sheikh Hassan
Régie vidéo : Abdessalam Abdo
Direction technique : Imad Samara
Surtitrage : Najwa Mbarké

Avec une distribution franco-palestinienne

Husam Abu Esheh                                                                                                           Mahmoud Awad                                                                                                               Saleh Bakri
Mireille Roussel
Reem Talhami / Areen Omari
Daoud Totah


Lieux des représentations

2008                                                                                                                                   Théâtre National Palestinien-Jérusalem Est.
Théâtre Al Kassaba. Ramallah
Dar Al Nadwa. Betlehem
Théâtre de l’Université Najah. Naplouse

2009                                                                                                                                    Théâtre des Quartiers d’Ivry. Ivry/Seine
Salle Max Jacob. Bobigny                                                                                                      Théâtre Mohamed V. Rabat.


Coproduction
Compagnie La Barraca – Le Théâtre National Palestinien
Ce projet bénéficie du soutien de l’Union Européenne (MEDA 2007)
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – Drac Île de France et du Service Culturel de l’Ambassade de France à Jérusalem

Le texte de la pièce est édité chez Lansman


 Le résumé.

La pièce raconte l’errance d’une femme occidentale, Hélène, dans une ville arabe (où elle se trouve pour un congrès), à la recherche de son petit collier de perles blanches. Un chauffeur de taxi nommé Nabil sera son guide et son protecteur lors de ce périple qui la mènera dans les dédales d’une ville qui tente, vaille que vaille, de surmonter ses douleurs et de panser les plaies d’un interminable conflit. Là, au pied d’un chantier, ici, dans le vacarme d’une rue encombrée ou dans la promiscuité d’un camp de réfugiés, elle rencontrera quelques habitants de cette ville, tour à tour : un contremaître cynique, une mère meurtrie, un homme au rêve brisé, un petit revendeur à la sauvette. Ces divers personnages lui révèleront une réalité plus douloureuse que la sienne et peut-être bien la part la plus douloureuse d’elle-même. Puis ils l’investiront d’une étrange mission, aller crier là-bas, dans son pays du nord : « on ne peut plus vivre comme ça ».


Le concept de création.

Il s’agit de faire de Jérusalem-Est la ville où Hélène accomplit son parcours initiatique. Il s’agit aussi, d’une certaine façon, de rendre concrète l’expérience de l’altérité qu’elle y mène. Aussi, je propose de mettre en scène une comédienne française (qui jouera le rôle d’Hélène), face à cinq acteurs palestiniens qui joueront les cinq autres rôles de la pièce (4 hommes et 1 femme). Ce face à face se fera aussi dans la langue, Hélène s’exprimant en français, un peu en anglais, les acteurs palestiniens, quant à eux, jouant leur partition en arabe, en anglais, en français, selon leur aptitude.

Pourquoi ce choix ?La pièce est forte, elle mène le spectateur au cœur de la douleur, sans revendication, sans faire de la morale, sans donner de leçons. Elle produit des effets de soulagement évidents, mais plus important encore, à travers le sensible, elle conduit à une prise de conscience, « on ne peut plus vivre comme ça », peut-être à agir, encore et encore, pour que la tragédie cesse.

Cette force, ces effets, je les ai déjà éprouvés lors de ma première mise en scène de cette pièce. (voir dossier) C’était en 2002 à Beyrouth, où j’ai mené une aventure similaire, avec une comédienne française et cinq acteurs, majoritairement libanais. Le travail théâtral s’est nourri du drame du pays des cèdres. Et le spectacle s’est joué au Liban, à Damas avant de tourner en France sur deux saisons. Partout c’était un moment d’émotion partagée.

La mise en scène sera différente de la précédente, nécessairement. Il s’agira cette fois-ci de la nourrir du vécu palestinien, de ses espérances comme de ses souffrances. Et tout en creusant la question de l’inquiétante étrangeté, l’attention sera toujours accordée au corps à corps de l’acteur avec l’autre et avec le texte. Afin de rendre palpables les rites de passage qu’accomplit Hélène. Afin de rendre sensible aussi le chemin du deuil qu’elle parcourt. Afin de permettre au spectateur de faire sienne cette bouleversante expérience de l’altérité. Nabil El Azan


Revue de presse (extraits)

Dounia Al Watan. Une pièce palestinienne  ( …) Nabil El Azan n’a pas seulement capté les soucis des Palestiniens et des Libanais, il a aussi agi en poète, au sens strict du mot… Il était fin et rêveur et flâneur dans un espace riche en signes, suggestions et symboles, loin des  cris, des hurlements, et des slogans politiques. Le collier d’Hélène porte magistralement le souci palestinien, dans la mesure où la cause palestinienne est devenue la conscience du monde.

blog.amin.org Amin En exploitant le talent et les capacités des acteurs, le metteur en scène fait jaillir cette énergie brute  qui nous explose à la figure, nous bouscule, nous capte, caresse nos sens, et nous coupe le souffle. Elle nous fait quitter nos sièges pour nous entraîner avec les personnages. Et quand bien même l’espace serait vide de tout décor réaliste, nous voilà dans leurs espaces, montant et descendant du taxi,  traversant des rues, déambulant dans les ruelles du camp, grimpant l’escalier vers le toit d’un immeuble,  entendant leur cri comme s’il venait  de loin, et jusqu’à leur murmure comme s’il était murmuré à nos oreilles… C’est tout ça qu’il y avait dans le spectacle « le collier d’Hélène » qui nous a éblouis.

Reuters  Le metteur en scène Nabil El Azan a ouvert la scène du théâtre pour un dialogue des cultures, en créant un spectacle remarquable avec une brillante distribution franco- palestinienne.

Arabs 48. La force du message et le plaisir du spectateur.  C’est vers des univers magiques que nous conduit le metteur en scène franco-libanais à travers sept panneaux muraux seulement. Sept morceaux de murs et rien d’autre que les acteurs… Pas de rue, ni de vieux quartier, ni camp, ni site touristique, ni même un taxi, sept murs et six acteurs. C’est de la haute et précise machine théâtrale…    lumières, musique,  scénographie, vidéo et surtitrage tout contribue à construire l’instant théâtral chez le spectateur et l’acteur à la fois et qui transporte la pièce d’une pièce  ordinaire à un spectacle de grande qualité. Une école de théâtre en soi.

Al Kuds J’ai été très heureux de voir la Première du spectacle « Le collier d’Hélène » au Théâtre national palestinien. J’ai été heureux de voir un spectacle de grande qualité artistique. Où les langues se côtoient et les cultures se mêlent. À la beauté du texte s’ajoute la belle mise en scène de Nabil El Azan qui a présenté un spectacle moderne et inventif avec des acteurs tous excellents.

Alkuds al Arabi. Lorsque les pertes grandes ou petites se côtoient, les questions explosent.  Les lumières étaient de la musique, la musique des lumières, pourquoi ai-je ressenti que chaque élément empruntait à l’autre une part ? Le plus beau du spectacle c’est sa poésie. Son déroulement léger et son mouvement doux et précis, on dirait un livre ou une danse  sanguinaire triste, ou encore une conversation nocturne sur un balcon de tendresse et de mort, un tableau d’absence où les visages et les choses changent et qui ne garderait qu’une seule couleur, le bleu ; le bleu est la fille de ce travail théâtral, son essence, son horizon, son sang et son tissu. Le bleu est ici l’onirisme tremblant et majestueux.  Le jeu des acteurs était fort. Pas de surjeu, ni de clownerie… Saleh Bakri a incarné la rêverie du spectacle en donnant corps au chauffeur. Avec une démarche lente, un regard fixe, un sourire précis et des paroles rares, il demandait du spectateur qu’il invente le personnage du chauffeur, qu’il s’empare de lui et en fasse ce qu’il veut. Le jeu de Saleh Bakri était éclatant.   Avec une intelligence rare, avec tranquillité et grande sensibilité, il a su lors de scènes brèves et discontinues, incarner le rêve brumeux d’une conscience obsédée par la dispersion et la perte.  J’ai oublié de dire qu’Hélène a rêvé d’un metteur en scène ; c’est Nabil El Azan, un Français d’origine libanaise. Le remercie-t-on ? bien sûr. Il a répondu à l’appel d’Hélène. Il est venu du fin fond de ses rêves pour l’aider à réaliser le sien. Et il l’a surprise là où elle ne s’y attendait pas. J’ai même eu le sentiment à un moment que c’est lui qui a rêvé de tout ça. Qu’il a même rêvé de moi et qu’il m’a convoqué pour écrire sur sa merveille de création… Hélène a aussi rêvé d’un auteur, Carole Fréchette.


Photos (crédit Bissan Abu Eisheh)