La nuit des nuits

Création 2010

Un spectacle polyglotte d’après les Contes des mille et une nuits avec une trentaine d’artistes internationaux, des conteurs, des acrobates, des jongleurs, des chanteurs, des musiciens..
Conception et mise en scène : Nabil El Azan (France-Liban)
Collaboration à la mise en scène : Emmanuel Rabita (France)
Costumes : Marta Rossi (Italie)
Objets : Christophe Lescureux (France)
Lumières : Ramzi Sheikh Hassan (Palestine)
Construction des décors : Imad Samara (Palestine)

Conteurs :
Theresa Amoon (USA-France-Liban)
Kamel El Basha (Palestine)
Nisrin Faour (Palestine)
Jamal Saed (Palestine)

Acrobates :
Ariadna Gilabert Corominas (Espagne)
Séverine Bellini (France)
Euriberto Garcia (Brésil)
Bongo Maingi (Kenya)

Composition musicale, oud et chant : Imad Dalal (Palestine)                                      Chanteurs : (Palestine) Imad Dalal, Inès Haje
Musiciens : (Palestine) Akram Abdel Fattah, Toni Barhoum, Nayef Sarhan, Oussama Srahan, Moussa Choli


Lieux des représentations

• Naplouse – Université An Najah (les 12 et 13)
• Jérusalem – Cloître Sainte-Anne (les 17 et 18)
• Bir Zeit – La vieille ville (les 21, 22)


Une création de la Compagnie La Barraca (Paris-Île de France), en coproduction avec le Théâtre National Palestinien (Jérusalem Est), en association avec la Compagnie Akozal (Nord-Pas de Calais). Avec le soutien du Centre Culturel Français de Jérusalem, de la Drac-Île de France, ministère de la Culture et de la Communication,et du Fonds Arabe pour la Culture.


Le projet

« La Nuit des nuits » se décline en un grand spectacle de plein air, pluridisciplinaire (conte, arts de la rue, musique et chant) et multilingue (avec l’arabe pour langue principale), mêlant des artistes de nationalités diverses. Il a pour base d’inspiration un joyau de la tradition musulmane : « Les Mille et une nuits ».

Contexte : Le spectacle est conçu par la Compagnie parisienne La Barraca, dans le cadre d’un partenariat artistique avec le Théâtre national palestinien – Al Hakawati (TNP), situé à Jérusalem-Est. Ce partenariat est établi sur la philosophie de la transversalité, de l’ouverture et de l’échange, qui nourrit le travail de chacune de ces structures à travers les concepts suivants : « tawassol (Lien) » pour le TNP, et « théâtre monde » pour La Barraca (voir plus loin)

« La Nuit des nuits » : contenu et forme

« Les Mille et une nuits». C’est quoi ?

« Les Mille et une nuits » sont un corpus de contes issus de la tradition populaire orale. D’origine indienne, transmis par la Perse et recueillis par les Arabes, ces contes ont été sans cesse repris, transformés, enrichis de nouveaux récits au fil des siècles, notamment autour du IXe siècle à Bagdad et en Égypte aux Xe et XIe siècles. L’argument qui sert de prologue à cette histoire est invariable : le sultan Shahrayar, désespéré par l’infidélité féminine, décide que toute nouvelle conquête sera exécutée à la fin de la nuit passée avec lui. La princesse Shéhérazade détourne le sultan de son funeste projet et maintient son intérêt, nuit après nuit, en lui racontant des histoires extraordinaires où l’univers magique et imaginaire s’harmonise avec les réalités historiques. Des djinns y côtoient les sultans et des esclaves noirs les plus belles des princesses, le tout sur fond de troubles sociaux, de complots politiques et de luttes pour le pouvoir.
Les « Mille et une nuits », cette fresque culturelle, joyau de la littérature arabe,
c’était le livre le plus lu au 18ème siècle en Europe après la Bible, influençant même
tout le courant orientaliste. Aujourd’hui, c’est un fleuron de la littérature mondiale.

Les « Mille et une nuits». Pourquoi ?

« Transportons-nous à Bagdad à la charnière du XIIe et du XIIIe siècle, nous y découvrirons un islam qui répond à la crise qui le frappe (les Croisades, la menace mongole, l’insurrection des minorités) par un déploiement d’imagination, d’inventivité, de « liberté », pour tout dire, qui proprement confond. Témoin de l’inconduite des puissants, le petit peuple, qui n’a pas les yeux dans la poche, s’apprête à prendre la relève : c’est lui qui parle ici, sans mâcher ses mots. Et derrière lui, avec lui, la Femme, ferment de tous les bouleversements : intraitable ou rusée, soumise à l’implacable destin ou révoltée contre la condition injuste que la loi lui impose, farouchement indépendante ou esclave de la passion… elle est tout cela. À l’image d’un monde qui vit ses contradictions dans une exubérance de tous les instants et que la sagesse elle-même ne détourne jamais du plaisir ».

Ce mot est tiré de la préface de René Khawam à sa traduction des Mille et une nuits (Phébus 1987). Ce qui nous y arrête c’est le mot liberté. Quel plus beau mot pour ceux qui y ont goûté et quel plus beau rêve pour ceux qui y aspirent ?

En pensant à un projet pour Jérusalem, les contes des Mille et une nuits se sont imposés comme une source d’inspiration extrêmement puissante. Tout y est, de la fantaisie de l’esprit à l’énergie de la pensée et jusqu’au vertige des sens. C’est un hymne à liberté ! Et, signe extrême de cette insolente liberté : c’est grâce à la femme et par le biais de la poésie que la tyrannie est vaincue. À déployer ces contes dans l’espace public palestinien, il y aurait là un double défi. Un défi artistique à les imaginer loin de l’imagerie orientaliste traditionnelle et un défi idéologique à « dévoiler » à travers un visage radieux de l’islam, une joyeuse (mais non moins violente) résistance à toutes les formes d’oppression.

De ce double défi est née une rêverie qui n’a pas tardé à se transformer en projet d’un spectacle protéiforme, multilingue, enchanté et enchanteur.

La rêverie autour de « La nuit des nuits »
A la tombée de la nuit, le temps d’un spectacle, un espace public palestinien, site historique de préférence, se trouve ensorcelé par l’univers des « Mille et une nuits». Le public est accueilli par des créatures imaginaires qui le titillent, l’amusent, le répartissent par groupes pour le guider le long d’un parcours ponctué d’interventions artistiques effectuées par des artistes de la Rue et par des Conteurs. Ceux-ci, qui dans une niche, qui devant une statue, qui sous un arbre vert,
semblent n’attendre que les visiteurs pour se mettre à narrer / vivre l’univers merveilleux des contes. Chacun selon son art, chacun à sa manière, chacun dans sa langue, chacun avec son accent. À la fin du parcours, le public est conduit vers un gradin où il est rassemblé pour écouter les conteurs et les acrobates regroupés tous ensemble sur une scène, autour de chanteurs et d’une formation orchestrale (de la musique arabe classique). Et tous ces artistes réunis de raconter à qui mieux mieux, comme lors d’une compétition, chacun selon son art et dans un joyeux surenchérissement, le fameux conte de Anis al Jaliss. Anis al Jaliss (La Femme au doux langage) est cette servante, achetée sur le marché des esclaves pour le compte du roi, qui va succomber au charme de Noureddine, le fils du bon visir, et devenir une femme éprise de justice et d’équité.


Le Partenariat avec le TNP

Le TNP et La Barraca ont démarré dès 2007 un partenariat artistique avec pour objectifs principaux la création de spectacles croisés (franco-palestiniens) d’une part, et, de l’autre, la mise en place d’ateliers de perfectionnement théâtral en Palestine. La pierre angulaire de ce partenariat a été posée en janvier – février 2008, lors de la résidence de La Barraca au TNP, pour la création du spectacle « Le collier d’Hélène » avec une équipe française (formée du metteur en scène, d’une comédienne et de la scénographe), et une équipe palestinienne (5 acteurs, un musicien, un éclairagiste et trois techniciens son et vidéo). Créé à Jérusalem en février 2008, le spectacle (qui s’est joué en trois langues : français arabe et anglais avec un système de surtitrage) a tourné ensuite dans diverses villes palestiniennes. En mars 2009, il a tourné en France, au Théâtre des Quartiers d’Ivry  notamment, et a fait la clôture de la Biennale des Théâtres du monde à Rabat au Maroc. Un autre volet de cette résidence fut la tenue d’un atelier d’écriture dramatique au TNP, destiné aux écrivains palestiniens. Il fut animé par l’écrivain québécoise Carole Fréchette, en compagnie de Nabil El Azan.

Fort de la réussite de ce partenariat, les deux structures, le TNP et La Barraca, ont souhaité poursuivre leur projet, le nourrissant chacune de sa propre dynamique, faite de réalités, expériences, réflexions ainsi que d’un désir commun d’ouverture et de dialogue. Arrêtons-nous un moment sur l’état des lieux du TNP.

• Le TNP (état des lieux)
Fondé sous l’occupation, il y a bientôt vingt cinq ans, le TNP est l’unique établissement culturel de la partie arabe de Jérusalem. Sa programmation s’articule autour du spectacle vivant et du cinéma. Il propose régulièrement des créations locales, en production ou en accueil. Il organise également diverses manifestations culturelles et artistiques, comme des festivals de marionnettes ou de contes… Le TNP travaille dans un environnement très hostile à la culture et à la vie culturelle en général : l’occupation avec son lot de check points, blocage des territoires, contrôles militaires… et ses lois iniques (comme l’interdiction des Palestiniens des Territoires d’entrer dans Jérusalem), ceci empêche tout lien, tout travail commun entre les Palestiniens de Jérusalem et leurs confrères des Territoires. Difficultés de création, mais aussi de circulation des spectacles, ce qui isole un peu plus la partie arabe de Jérusalem, qui se vide de vie dès la tombée du soir.
Sur le plan régional, la Ville sainte est culturellement isolée du monde arabe. À part l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, aucun autre pays arabe n’a signé la paix avec Israël, ce qui veut dire que seuls les ressortissants de ces pays ont le droit de visiter Jérusalem. Sauf que la majorité des artistes, par attitude de défiance à l’égard d’Israël, n’y va pas.
À savoir enfin que le TNP n’est pas subventionné par l’État d’Israël et qu’il reçoit des subsides à compte-goutte de la part de l’autorité palestiniennes (qui a d’autres priorités, comme payer le salaire des fonctionnaires par exemple). Du coup, cette non assurance de subvention pour fonctionnement rend son existence extrêmement fragile.
Le TNP apparaît dès lors comme un lieu de résistance culturelle contre la mort programmée de la partie arabe de Jérusalem et contre la mort de la culture arabe dans cette ville. Aussi, son projet “tawassol” (Lien) vise essentiellement à tendre des passerelles entre Jérusalem et le monde, pour survivre culturellement et financièrement. Un autre enjeu spécifique du projet “lien” initié par le TNP, c’est la professionnalisation et l’emploi des artistes palestiniens. Ceux-ci, dans la pauvreté et la rareté des productions professionnelles et dans l’isolement où ils se trouvent sur le plan local, régional et international, sont très peu confrontés au théâtre d’aujourd’hui et surtout ne peuvent vivre de leur art.


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