Le fou d’Omar

Création 2008

D’après le roman* de Abla Farhoud                                                                                Adaptation Nabil El Azan et Michèle Antiphon
Mise en scène Nabil El Azan
Collaboration artistique  Michèle Antiphon
Musique originale  Jean-Christophe Desnoux
Scénographie et costumes  Cécile Léna
Lumières Philippe Lacombe

Avec

Baptiste Kubich (France)
Eric Robidoux (Québec)
Gabriel Yammine (Liban)


Lieux des représentations

L’Atalante. Paris. 2008
Le Tournesol. Beyrouth. 2009


Une production de La Barraca, avec le soutien de la Drac-ïle de France


Le projet

Schizophrenia

Pourquoi Montréal ? On ignore si Omar s’était seulement posé la question. Ce qui est sûr c’est qu’il lui fallait partir. Dare dare. Tout liquider et quitter au plus vite le Liban en proie à une folie meurtière. Et Omar avait embarqué femmes et enfants vers le Canada, sans même prendre la peine de consulter femme ni enfants. Sans même regarder en arrière, en renonçant même à sa vie privilégiée de poète rentier.

À Montréal, Omar avait créé une fabrique de culottes qui se vendaient bien, les culottes « Paradise ». Il avait aussi mis ses enfants dans les meilleures écoles, voulu qu’ils soient les premiers, exigé d’eux qu’ils soient solidaires, unis. Bref, il avait fait de sa famille un îlot méditerranéen planté au coeur d’un océan glacé. Un autre paradis en somme.

Mais les turbulences de la vie allaient se révéler contraires à la volonté du père et voilà le cocon chaleureux désagrégé et éparpillé comme un archipel aux quatre vents du globe. Des années après, désormais seul avec Radwan son fils fou, à qui il voue un amour fou, Omar meurt. C’est à ce moment précis que la pièce commence.

Dès lors, trois voix s’entrecroisent pour dire la destinée d’une famille et les ressorts intimes de sa décomposition : celle du fils aîné, Radwan, le fou, qui se retrouve seul avec le corps du père sans pouvoir accomplir les gestes pour l’enterrer. Celle du deuxième fils, Rawi, devenu Pierre Luc Duranceau, écrivain à succès menant une existence opulente sur la Côte d’Azur, sur laquelle planent les angoisses du secret et du déni. Celle d’Omar lui-même, esprit errant dans les limbes de la poésie universelle*, interrogeant sa foi avant de passer dans l’au-delà.

Comment être au monde quand on est habité par le chaos ? Le roman de Abla Farhoud ouvre les abîmes de la démesure, des rêves fous, de la folie elle-même, de la souffrance et de la vanité humaines. Des abîmes que l’adaptation et la mise en scène vont creuser. Non pas dans le but de résoudre l’énigme de l’existence, mais, au contraire, afin d’en sonder la profondeur. Puis, s’agissant de folie, il fallait surtout l’envisager comme une expérience tragique de l’humanité.

Ainsi, pour l’adaptation, il a été nécessaire de prendre de la liberté avec le roman. Certains passages ont forcément été raccourcis ou réagencés, d’autres légèrement réécrits. La partition d’Omar a été totalement revue. En effet, l’interrogation de ce personnage d’Omar (le départ d’un pays en geurre, la rupture avec la poésie, sa négation de la maladie de son fils aîné) a conduit à le reconsidérer à partir du silence de Rimbaud, du deuil de Mallarmé et de la plainte de Job. Son texte a été composé à partir d’extraits allant de la Bible et du Coran jusqu’à Hölderlin et Adonis, en passant par les grands poètes mystiques. Pour cette parole, ont été donc convoqués : Shakespeare, Borgès, Al Maarri, Sainte Thérèse d’Avila, Khayyam, St François d’Assise, Giacomo Leopardi, Hafez, Pétrarque, Le Coran, Dhou’l Noun, Le livre de Job, Goethe, Hölderlin, Nietzsche, Adonis, Erik Johan Stagnelius, Rûmi, Ibn Arabi, Pessoa, Mallarmé, Celan…
Quant à la mise en scène, il a été décidé d’emblée de faire incarner les personnages par des acteurs venant de trois espaces différents : un Libanais pour le père, un Québécois pour le fou et un Français pour l’écrivain. L’altérité étant un enjeu considérable dans la pièce, cette distribution a l’avantage de l’aborder de façon frontale, en la mettant à l’œuvre sur scène. Cela donnera trois différentes corporalités mais aussi trois différentes tonalités de français, trois différentes musicalités. Ainsi, avec son accent « franbanais » tonitruant, Gabriel Yammine prêtera la démesure de son jeu à celle des rêves enflammés de Omar. Eric Robidoux livrera son corps à la danse de Saint-Guy de Radwan et son accent québecois à sa vertigineuse langue–Babel. Baptiste Kubich, lui, ira plonger jusqu’aux racines de la langue française à la recherche de son impossible unité.

Trois corps, trois espaces, trois temps. Et pourtant, vivants ou morts, au Canada ou en France, les trois personnages seront là, en même temps, dans le même espace. Pris dans la même nasse, dans la même urgence de s’en sortir. Piégés par leur désir-délire, ils n’auront pas d’autre moyen que de se livrer corps et âme. Ca va faire désordre. On a bien parlé de chaos, non ? Nabil El Azan


Revue de presse (extraits)

  • Pariscope  On salue la performance des trois comédiens d’origines différentes : libanaise, française et québécoise – un très bon choix de mise en scène. Une adaptation très émouvante…
  • La Terrasse  Le metteur en scène d’origine libanaise Nabil El Azan construit une représentation mêlant différentes langues (les interventions en Arabe du défunt sont de toute beauté), différentes atmosphères et différents codes de jeux. Ainsi, alors que Gabriel Yammine déploie une forme d’adresse puissante, intériorisée, alors qu’Eric Robidoux construit un personnage véhément, d’une présence saillante (…)
  • Témoignage Chrétien  C’est dans un petit théâtre, l’Atalante, que dirigent conjointement, avec courage et abnégation, Agathe Alexis et Alain barsacq, que se donne un superbe spectacle, tité d’un roman, Le fou d’Omar. Nabil El Azan a adapté l’œuvre de la libanaise émigrée au Québec, Abla Farhoud, avec beaucoup de pertinence, ajoutant quelques extraits de Borgès, de Khayyam, du coran, du livre de Job, d’Adonis et de quelques autres, aux paroles des protagonistes. Le fou d’Omar d’Abla Farhoud, c’est le chaos. Et la mise en scène de Nabil El Azan, qui est parfaitement fidèle à l’esprit du roman, donne véritablement à voir cet éclatement des personnalités dans un monde saisi par la folie, car c’est la folie du monde qui engendre la folie d’un individu, poète lui aussi au départ, comme Omar..
  • Spectacles-selection.fr Spectacle coup de poing, spectacle coup de cœur qui met K.O. un public médusé. Nabil El Azan est libanais francophone. Il vit depuis trente ans en France, nouant des liens intimes entre ses deux pays. Le roman de Abla Farhoud est un choc. Dès les premières lignes de l’adaptation, Nabil El Azan sait qu’il faut faire une distribution à trois voix, trois langues. Française pour Rawi (Baptiste Kubich), québécoise pour Radwan (Eric Robidoux) et libanaise pour Omar (Gabriel Yammine). Gabriel Yammine est très connu au Liban, il est le prof théâtre de la Star Academy ! Baptiste Kubich tient avec une rage contenue le rôle ingrat de Rawi le traître à lui-même. Eric Robidoux est une révélation. Sa scène de danse de St Gui, son délire paranoïde, en pleine crise schizophrène gêne, bouleverse et interpelle le public impuissant. Son jeu hallucinant, précis, fiévreux, empreint d’une poésie rocailleuse nous laisse K.O. Nabil El Azan offre un spectacle intense et bouleversant, d’une rare intensité
  • Le Figaroscope Le spectacle parle de la difficulté à être parmi les autres. Il est tiré d’un roman et ça se sent. Nabil El Azan signe comme à son habitude une belle mise en scène. Les comédiens sont justes, concernés, ça respire l’intelligence, une vraie atmosphère est créée (…).  Le très beau monologue du père nous entraîne dans les hauteurs spirituelles…
  • aphg.fr  Une mention spéciale pour Éric Robidoux qui joue la folie avec une force et une finesse remarquables, sans jamais tomber dans la caricature.
  • RMC Doualiya Le roman d’Abla Farhoud qui explore les voies douloureuses de l’exil et de la folie, est remarquablement porté à la scène par Nabil El Azan et brillamment interprété par trois comédiens d’origines différentes : le Québécois Eric Robidoux, le Français Baptiste Kubich et le Libanais Gabriel Yammine.`
  • L’Orient – Le Jour À chaque fois que Radwan/Robidoux parle «en langue » (plusieurs d’ailleurs, l’arabe, l’anglais, le français, l’italien), la pièce accède au chef d’œuvre. Ces monologues de folie lucide sont éblouissants. Rawi était en mesure de raconter (comme l’indique le sens arabe de son prénom), et son frère l’a d’ailleurs chargé de raconter sa vie pour « y comprendre quelque chose », mais le spectateur se rend compte que son récit est moribond, inutile, aliéné, comme il l’est lui-même, emprisonné dans le corps de Pierre-Luc Duranceau, vidé de substance, loin de la réalité du père, du frère, des sœurs. C’est en s’avançant vers le feu de la vie terrible, dévorante, avide, inévitable, qu’il peut enfin agir, voir, être, accepter.  Courez-y ! La mise en scène toute en finesse, le texte toujours juste, souvent drôle, et l’interprétation des acteurs font que la pièce ne bascule jamais dans le grotesque,  la caricature ou la gratuité.  A la fois grave et moqueur, comme l’Orient, le Fou d’Omar nous envoûte.
  • Radio Enghien Spectacle choc !… Nabil El Azan repousse les murs de L’Atalante. Les 3 acteurs sont remarquables. On en sort bouleversé.


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