L’Emigré de Brisbane

Création  2004

Pièce de Georges Schéhadé
Mise en scène Nabil El Azan
Version arabe : Issa Makhlouf
Musique originale : Zad Moultaka
Scénographie : Jacques Gabel
Lumières : Philippe Lacombe
Costumes : Rabih Kayrouz
Chorégraphie : Gaetano Battezzato et Marie-Zénobie Haley
Coordination artistique : Nadine Mokdessi
Direction technique : Abdo Nawar

Avec
Carole Abboud, Randa Asmar, Mounzer Baalbaki, Mario Bassil, Nicolas Daniel, Fadi Ibrahim, Julia Kassar, Mounir Kesrouani, Maurice Maalouf, Dalia Naous, Camille Salamé, Gabriel Yammine + une dizaine de figurants.


Lieux des représentations

Festival International de Baalbeck.  Liban 2004                                                                  Palais de l’Unesco. Beyrouth                                                                                                   Festival du Théâtre. Amman


Une production du Festival international de Baalbeck

La pièce

La pièce s’ouvre sur l’arrivée d’un cocher emmenant dans son village natal un vieil émigré. C’est la nuit et à part les chiens « qui chantent » tout semble dormir dans Belvento, ce beau village sicilien.

Le lendemain, le village se réveille sur la nouvelle de la mort de cet émigré, apparemment revenu pour retrouver un fils qu’il aurait eu avant de partir. Laquelle est la mère ? Les femmes sont convoquées pour reconnaître la photo de l’émigré désormais accrochée sur la place et du coup, reconnaître leur faute. Celles-ci sont offusquées et leurs maris scandalisés : comment ose-t-on accuser ces femmes d’un acte si déshonorant ? Seulement voilà, on apprend que l’émigré avait sur lui une sacoche pleine d’argent, qui reviendrait en héritage au fils. Cela change tout. Surtout pour les maris qui vont essayer, l’un après l’autre, de pousser leur épouse de prétendre être la mère du fils héritier. Jusqu’au drame !

Au tableau final, le même cocher ramène à Belvento un autre émigré, un chanteur d’opéra, même si ce village s’avère ne pas être le sien, juste comme ça, « pour l’amour de l’esthétique »…


Notes de mise en scène

“Qui dit argent, Ciccio, dit bouleversements, friandises et cul en l’air ! Telle est la mauvaise nature de l’homme”. Bénéfico. Acte 3.

L’Émigré de Brisbane est une oeuvre moderne, résolument. Comme on le dit d’un grand drame shakespearien. Et universelle. Non seulement parce que l’homme contemporain est désormais émigré partout, mais davantage encore, parce que l’argent est le grand vainqueur en ces temps de crises de toutes sortes, de pensée notamment. Il faut lui rendre hommage, à Schéhadé j’entends, d’avoir si bien pu mettre le doigt sur les pouvoirs maléfiques de l’argent dans un monde où les racines, les repères et les valeurs se brouillent, se perdent ou se dissolvent.

D’où mon désir de porter sur scène cette oeuvre débarrassée cependant de son carcan “villageois”. C’est un village-monde onirique d’aujourd’hui et d’hier, fruit de l’imaginaire d’une jeune adolescente, Anna, l’ange de la pièce…

Voilà donc Anna, une jeune adolescente d’aujourd’hui, déambulant hier dans les « ruines » de Baalbeck, aujourd’hui dans la salle d’un théâtre, dansant plutôt, recherchant dans la mémoire des pierres, comme des traces d’une identité, d’un destin, et qui tombe sur une photo d’un jeune homme dont elle se met à rêver une histoire… Celle d’un certain émigré, de retour dans son pays natal, en quête de son paradis perdu, peut-être d’une identité à jamais introuvable… Et Anna, poursuivant sa rêverie, de dérouler le fil de son imaginaire. Quelques pièces argentées « comme la lune » dans les poches de son émigré, et voilà le mal qui s’insinue dans le coeur des hommes si simples, si honnêtes (des hommes nets!), voilà le monstre qui se reveille en eux et voilà la nuit du théâtre investie des mystères de l’âme humaine.

Mais si L’Émigré de Brisbane est une farce tragique c’est aussi un songe d’une rare densité poétique. Car la langue de Schéhadé y est à l’oeuvre, et c’est une langue qui semble s’émerveiller à dire, d’autant plus sans doute que ce qui est à dire est noir. Schéhadé, ce contemporain de Beckett et de Ionesco, n’était pas moins desespéré qu’eux, sauf qu’il faisait de la poésie un répit et dans la langue française un joujou, une arme.

Allant jusqu’au bout du paradoxe Schéhadien, je propose cette pièce en arabe, avec un surtitage dans son français original. En arabe, c’est dans une langue théâtrale inédite, mélange d’arabe littéraire et de parler courant, qui restitue quelque chose de l’insolite de la poésie de Schéhadé. En arabe, c’est aussi l’occasion donnée à une belle brochette de comédiens libanais de se confronter à l’univers de leur grand auteur et, probablement, l’occasion donnée au théâtre libanais de revenir sur la scène internationale. Nabil El Azan

Revue de presse (extraits)

L’Orient-Le Jour Un rafraîchissant songe d’une nuit d’été… D’une brûlante actualité.

Annahar La poésie de Schéhadé ravive les pierres de Baalbeck. La tentative de Nabil El Azan et du Comité du Festival apparaît comme une aventure culturelle constituant le retour effectif du grand théâtre du texte au Liban.

      Al Hayat L’Émigré de Brisbane ramène à Baalbeck son âge d’or.

Noun Entre les temples de Bacchus et de Jupiter, dans l’immensité de la nuit   de Baalbeck, Nabil El Azan déploie le faste de sa representation onirique, entre vie et mort, rêve et cauchemar, musique intérieure et danse de fantasme. Un spectacle merveilleux ponctué de rires et de pleurs.

 Al Moustakbal Un spectacle qui représente l’évènement du Festival lors d’une nuit exceptionnelle avec l’une des plus belles pièces de Schéhadé, une pièce dans une traduction qui questionne sa langue, ses outils, ses contradictions et ses conflits.

 La Revue du Liban C’est avec de formidables acteurs libanais que Nabil El Azan, assisté au piano par Zad Moultaka, dans une musique originale épousant les méandres du drame et aidé, entre autres, par un scénographe et un éclairagiste français, Jacques Gabel et Philippe Lacombe, a réussi à relever l’immense défi que constituait la mise en scène de L’Émigré de Brisbane.

Magazine Du plaisir pour les yeux et l’ouïe.

Daily Star Une résurrection en arabe de L’Émigré de Brisbane, programme central du Festival de Baalbeck 2004. Un kaleïdoscope de thèmes contrastés, rehaussés par la couleur, la musique et la poésie.

Al Balad
Une pièce intelligente, probablement la quintescence du génie de Schéhadé, et visant juste une société et un pays rongés par des corrompus qui ne répugnent pas à renoncer à leur fierté, à leur honneur, ni non plus à leurs femmes pour l’argent et le pouvoir.
Un ensemble d’éléments réunis pour ramener à Baalbeck son théâtre, au théâtre son texte et au texte ses acteurs…

Assafir Un spectacle rafraîchissant, coloré et élégant…


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